alain-mabanckou

C’est l’histoire d’ Auguste Victor, improbable natif de la commune de Saint-Sauveur dans les Antilles françaises. Une histoire en apparence des plus banales. Cependant, sous la plume d’Alain Mabanckou, elle prend l’allure d’un polar sombre et haletant dont on a de cesse de découvrir la fin. L’intrigue est rendue plus compliquée par l’insertion dans le récit de personnages haut-en-couleurs et aux parcours dignes d’intérêt. Tel est le cas de Mabakana, fils d’Afrique nostalgique de cette Afrique dont il n’a qu’un vague souvenir. Mabakana se fait ami et protecteur pour un Auguste-Victor en pleine fuite en avant.

Dans ce roman court , parfois semblable à une nouvelle, de nombreux thèmes  sont abordés . L’origine est l’un d’entre eux. Ainsi, pour nos frères antillais, le berceau africain tant idéalisé, le passé négrier, sont éternellement source de turpitudes et de débats. Il est assez ingénieux pour l’auteur d’avoir choisi Mabakana pour incarner ces interrogations. Le vieil homme arraché à l’Afrique, ne s’est jamais senti lui-même en Europe, et semble retrouver aux Antilles un peu de son Afrique natale. Il apparaît comme la personnification parfaite des ancêtres esclaves et de leur destin. De plus, en utilisant le spectre de la colonisation, Alain Mabanckou émet une critique voilée de ce système assimilé par ces plus fervents critiques à un esclavage déguisé. Ce subterfuge ne dit rien au fond sur le point de vue de l’auteur, mais il n’en propose pas moins une vision osée de la situation.

L’origine pour l’auteur c’est aussi l’insertion d’un « étranger » dans une petite communauté, cette incapacité chronique de nombreuses sociétés et notamment les sociétés noires, à adopter celui qui est étranger. Toujours dans cette ingéniosité qui semble lui être caractéristique, il utilise pour son propos des personnes qui par leur physique, sont automatiquement atypiques et de ce fait en voie d’exclusion (un bossu, une personne d’une laideur effrayante). Ce n’est pas seulement leur physique qui les rend différents mais une conception différente de la vie. L’incapacité d’intégration est matérialisée par le mépris et la médisance des habitants de Saint-Sauveur.
J’apprécie d’avoir un aperçu de la pensée de Mr. MABANCKOU. En effet, les écrivains noirs reconnus dans le pays de Molière sont souvent sujets à controverse de la part de la diaspora. Ils sont ainsi qualifiés ou taxés de « Bounty ». Même si je ne suis pas partisane de cette expression, on pourrait remarquer que certains écrivains ont mérité la controverse et ont produit des écrits, qui n’ont rien apporté à la « condition noire » si elle peut-être définie ainsi et n’ont fait que la stigmatiser. Trouver un auteur reconnu internationalement et à la réflexion critique, constructive, et objective est un plaisir. Cela donne à penser qu’il y a peut-être une voie autre que le paternalisme autrefois affiché par la puissance française et ce même dans sa reconnaissance du patrimoine littéraire africain.
Pour terminer, sans avoir lu le reste de l’œuvre de Mr Alain MABANCKOU, je ne doute pas qu’elle est de qualité, et je vous invite chaleureusement à la lire, en commençant par « Et Dieu Seul Sait Comment Je Dors ».
XoXo
AKS♥

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0 Comments

  1. ça semble passionnant

    1. C’est en effet passionnant!! Merci pour le soutien.

  2. Je rajoute à ma liste….. merci miss 😉

    1. De rien Madame. Faut dodo sometimes

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